Expatriation : What are you running from?

Plage de Schiermonnikoog, Pays-Bas

C’est une question que l’on m’a posée plus d’une fois en dix ans d’expatriation. A quoi est-ce que tu essaies d’échapper ? C’est une blague, bien sûr, mais j’avoue queça résume un peu ma vision de l’expatriation. Une envie de ne pas se laisser cantonner par le monde tel qu’on le connaît, une soif d’ailleurs, d’autre chose. Un besoin de découvrir une autre version des faits, de se réinventer ailleurs.

Honnêtement, c’est surtout à Amsterdam que je l’ai trouvée cette vision. Je ne sais pas encore où le vent me portera après New York, mais je crois que mes années à Amsterdam resteront mon expérience préférée, en terme d’expatriation, j’entends. Là-bas, j’ai rencontré des gens de tous horizons qui avaient atterri là pour mille raisons différentes. Derrière leur histoire, on devinait des nouveaux départs, des coeurs brisés, des petites discordes familiales, des sentiments de ne pas être chez eux dans leur pays d’origine, des envies irrépréssibles de remettre les compteurs à zéro. Dis comme ça, on pourrait imaginer une équipe de mal-aimés mais pour moi, ça n’a rendu l’expérience que plus fascinante. Et puis c’était une façon comme une autre de se prouver que, si l’on n’est pas satisfait des cartes que la vie nous a distribuées, il ne reste qu’à nous de modifier la donne. 
En Australie, j’ai rencontré beaucoup plus d’immigrés (ou plutôt d’enfants d’immigrés) que d’expatriés. Beaucoup d’australiens se disent italiens, grecs, turcs, croates… parce que leurs parents viennent de là-bas. Ils ont grandi dans une culture au sein d’une autre culture, à écouter leurs parents parler une langue qu’ils ne maîtrisent pas vraiment, une fois adultes, et à essayer de trouver le bon équilibre entre les traditions d’ici et de là-bas. Ca a conduit à des conversations assez intéressantes. Après avoir précisé que je suis française, on me demandait souvent “Mais, tu es née là-bas ? “, “Et tu parles quelle langue avec tes parents ?”ou encore, “Tu as la nationalité française ?”. Pour moi, les réponses à ces questions étaient évidentes, mais pas pour eux. Nombre de ces italiens et de ces grecs n’ont mis les pieds qu’une fois ou deux dans “leur” pays et ne parlent pas vraiment “leur” langue. 
De ce point de vue, c’est un peu pareil aux US où la question de l’identité est vraiment intéressante. Finalement, on croise assez peu de gens qui se déclarent “américains”, à la place, ils parlent d’héritage, d’origines, de communauté… Alors le concept d’expatriation, forcément, ça n’a pas le même poids. A New York, le problème est encore différent. On y rencontre moins des expats au sens où je l’entendais plus haut, que des personnes qui ont saisi une opportunité professionnelle. Bien sûr il y a la part de rêve que l’on a l’impression de s’approprier rien qu’en mettant les pieds dans cette ville, mais surtout, il y est question de boulot. Si je regarde autour de moi, je constate que ça ne refuse pas, un boulot à New York. Le reste, la vraie vie, suit (ou pas) mais ici, pas de fuite en avant, on est là pour grimper à l’échelle. Et personne n’oublie que if you can make it here, you can make it anywhere.

Le début de cette série sur l’expatriation, c’est par ici

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L’expatriation pour tous

Comme je le disais récemment, dans quelques jours, cela fera dix ans que j’ai quitté la France, dix ans que je suis expatriée. Au cours de ces dix années, j’ai vécu dans trois pays et trois continents différents, et dans des contextes complètement différents. A Amsterdam, j’étais partie seule, après la fac, avec tout mon barda, pas un rond en poche et une (vague, mais ça, je ne l’ai su que plus tard) offre de stage. Melbourne, j’y suis partie avec mon amoureux. Ca a été le début d’une procédure de visa longue et compliquée, et puis, venir s’imbriquer dans la vie passée de sa moitié n’est pas aussi facile qu’il paraît. Ensuite il y a eu New York, sur un pied d’égalité cette fois-ci, on est tous les deux étrangers et ça nous convient plutôt bien. Mais, même si c’était mon rêve depuis toujours, ça a probablement été l’expatriation la plus difficile, ou en tout cas celle qui a demandé le plus de temps et d’efforts. Tout cela malgré le fait qu’il s’agissait d’une mutation pro et que beaucoup des démarches et des frais ont été pris en charge pour nous. 
Et donc, je me suis dit qu’il serait sympa de revenir sur mon expérience et de partager quelques idées sur le sujet. Commençons par ça: l’expatriation, c’est ouvert à tout le monde. Si, si j’insiste. Quand on est expatrié (qui plus est dans des endroits qui font rêver) on entend souvent ce refrain “Moi aussi, j’aimerais bien partir à l’étranger mais je ne peux pas…”. Et dans la majorité des cas, cette plainte est prononcée par des gens qui n’ont jamais vraiment essayé. Qui ne se sont jamais vraiment renseigné. 
En fouillant un peu, on se rend compte qu’il y a mille et une façons de partir à l’étranger : mutation, embauche directe, stage, VIE, création d’entreprise, post-doc, études, mission humanitaire, sponsorisation par son conjoint etc. Il existe aussi des tonnes de visa différents pour chaque pays. Par exemple, les Etats-Unis organisent même une loterie à la carte verte, avec un tirage deux fois par an. Et les critères sont assez faciles à remplir.
Au fil des années, j’ai passé des heures et des heures sur les sites de département d’immigration autant pour l’Australie que les Etats-Unis. Et je peux vous dire que c’est ennuyeux à mourir. Ils sont en général mal fichus, utilisent un langage légal à peine compréhensible, et il est facile de passer à côté d’un visa qui conviendrait mieux à son cas. Mais, à moins d’embaucher un avocat d’immigration, c’est un peu un passage obligé, et on ne peut pas se baser sur son voisin, chaque cas est unique. D’ailleurs, parmi tous mes amis expats à New York, il y en a très peu qui ont le même visa. Et puis, bien sûr, il y a toujours la possibilité de s’expatrier au sein de l’Europe. On ne s’en rend pas forcément compte, mais pouvoir aller vivre en Espagne, en Suède ou en Grande-Bretagne avec un minimum de paperasse est une vraie chance que beaucoup de non-européens nous envient.

Sauf que voilà, s’expatrier, cela demande un travail énorme. Pour partir en stage à Amsterdam, j’ai passé six mois à envoyer des candidatures en Suède, au Danemark et aux Pays-Bas (je faisais une fixation sur les pays nordiques, au cas où vous n’aviez pas remarqué), tout en préparant mes arrières et en postulant aussi à des stages sur Paris. J’ai persisté encore et toujours, y consacrant tout mon temps libre (en dernière année de master avec deux petits boulots à côté), malgré les réponses négatives (quand il y avait une réponse tout court). Finalement, je n’ai obtenu mon stage qu’en harcelant presque la seule et unique personne qui m’avait dit qu’il avait peut-être éventuellement une possibilité au sein de son agence.
Pour Melbourne, j’ai préparé mon visa des mois à l’avance, bien avant de partir. Et une fois sur place, j’ai passé des week-ends entiers à construire mon dossier. Vous pouvez lire mes péripéties ici.

Notre déménagement à New York, ça a été un an de travail. Je dis “de travail” car c’est exactement ça, un boulot presque à temps plein : vendre ses meubles et la majorité de ses affaires, recueillir des devis pour les déménageurs internationaux, étudier toutes les possibilités de visa et prendre des décisions importantes très rapidement pour pouvoir les obtenir, boucler sa vie entière dans un pays, et déjà la construire dans un autre. Sans parler du fait que pendant six mois, on a oscillé entre deux choix, Paris et New York, et que cela a probablement été une des décisions les plus difficiles à prendre, les deux options présentant de gros inconvénients (et des avantages, aussi, bien évidemment).

Alors, quand une copine m’a envoyé un email le lendemain de ses 31 ans, pour me dire que cela fait longtemps qu’elle pensait à partir un an en Australie et qu’elle aimerait que je la conseille* sur le visa vacance-travail**,  j’ai eu du mal à le croire. A deux jours près, elle avait raté la date butoir pour l’obtenir, tout ça parce qu’il ne lui était pas venu à l’esprit de se renseigner avant.
J’en reçois de temps en temps, des emails de ce genre. Souvent, il y a une petite phrase du genre “tu as tellement de chance d’avoir pu le faire, toi !” et ma réaction est toujours la même. Partir à l’étranger est la meilleure chose qui me soit arrivée, et je le conseille vivement à tous ceux qui y pensent. Mais non, ce n’est pas une chance. Il n’y a rien de bien chanceux dans le fait de partir vivre à l’étranger. Il faut savoir saisir les opportunités, être prêt à faire des sacrifices, et souvent bosser dur pour monter son projet.

A suivre… 

* Conseil numéro 1 : ne demandez pas conseil à vos potes sur les visa. C’est comme si vous demandiez à quelqu’un qui n’a aucune notion de médecine de diagnostiquer une maladie, juste parce qu’il l’a eue lui aussi.
* Le visa vacances-travail ! Encore une autre façon de partir vivre à l’étranger !

Lost in Laneways

[English version below]

Chose promise, chose dûe.
Inutile de retenir votre respiration, le choix de mon nouveau titre de blog n’a rien de mystérieux ou de particulièrement spécial, mais il se pourrait bien que ce post finisse en 3615 ma vie.

Alors, le titre est donc une contraction de “lost in translation” (l’expression, pas le film, quoique j’adore bien sûr le film) et de laneways (oui, celle-là elle était facile).

Lost in translation fait référence à ma vie d’expat (depuis 5 ans et demi déjà) et à ma passion pour les langues. Toute petite déjà, le premier truc que je faisais en recevant une carte postale d’une amie, c’était de corriger mentalement toutes ses fautes d’orthographe (je vous avais prévenues). Puis j’ai appris l’anglais et j’ai mis un point d’honneur à le parler farpaitement, oui madame, sans accent (enfin presque) et avec une grammaire et une orthographe irréprochables (du moins je fais de mon mieux). J’ai aussi appris l’allemand, l’espagnol et le hollandais, mais j’avoue que ces trois-là tiennent plutôt du baragouinage.
Pendant mes trois ans et demis à Amsterdam, j’ai travaillé successivement dans une agence japonaise, hollandaise puis américaine et je comptais parmi mes collègues une quinzaine de nationalités au bas mot. Et là, je peux vous dire que l’expression « lost in translation » prend tout son sens. Je ne crois pas qu’il y avait de plus gros bordel dans la tour de Babel. Imaginez un peu la scène. Moi au téléphone, parlant anglais avec une cliente allemande, avec un italien à côté de moi en pleine conversation (en italien) avec une suisse, deux hollandais qui parlent très fort et trois anglais qui font des blagues vaseuses que des américains ne comprennent pas. Tout ça dans un espace plus petit que mon salon ! Je pourrais vous raconter des tas d’histoires de quiproquos, de capharnaüm gigantesques, qui peuvent se produire quand des personnes de nationalités différentes essaient de prendre des décisions dans une langue qui n’est pas la leur.
Mais lost in translation, c’est aussi ça : au fur et à mesure des années, l’anglais a peu à peu pris le pas sur ma langue maternelle. Il y a bien longtemps que j’ai arrêté de penser et de rêver en français (à part, bien sûr, quand je travaille/écris en français). Mais le plus embêtant, je crois, c’est quand je suis au téléphone avec ma maman ou une copine, et qu’elle ne comprend pas ce que je lui dis. Et pourquoi ? Parce que de frustration de ne pas trouver le mot correct en français pour m’exprimer, je viens inconsciemment de lui sortir une expression anglaise, soit prononcée avec un faux accent français soit honteusement traduite en quelque chose qui ne veut absolument rien dire en français.
Bref, je pourrais causer linguistique toute la nuit, mais je suppose que vous vous êtes déjà endormies, alors passons à la suite, les laneways.
Laneways veut tout simple dire allée, ou passage, et c’est une des particularités de Melbourne, les petites allées pavées, un peu sombres et couvertes de superbes graffiti. Elles ont parfois des noms hallucinants, il y en a une qui s’appelle “ACDC lane”. Je vous jure !
Alors voilà, c’est un clin d’œil à ma ville d’adoption mais pas que. Quand vous pouvez l’imaginer, à environ 20000 km de la France, je me sens un peu déconnectée de mes origines (en général) et de la blogosphère française (pour le sujet qui nous intéresse aujourd’hui) et je me sens un peu limitée dans mes sujets sur ce blog. C’est pourquoi j’ai commencé à traduire mes posts. Je vais parler un peu plus de Melbourne, de mes endroits préférés etc., ce qui a forcément plus d’intérêt pour les gens d’ici.
Ah et une dernière petite chose, même si je ne me suis jamais littéralement perdue dans les allées, je suppose que beaucoup d’expats connaissent le sentiment de « handicap » qui peut accompagner l’arrivée dans une nouvelle ville/un nouveau pays. J’ai connu ça à Amsterdam et à Melbourne, l’impression que même la tâche la plus banale (trouver une boulangerie, le bon tram à prendre pour se rendre quelque part) peut devenir une vraie épreuve quand on ne connait pas bien une ville. J’ai passé des heures entières à essayer de me rendre dans un bar à 10 minutes de chez moi ou à faire une course toute simple, d’où l’impression d’être perdue très souvent.

Voilà, voilà, vous vouliez savoir, vous êtes servies !

Deux mots sur la bannière. Elle a donc été prise dans une laneway, une des plus populaires de Melbourne, Hosier Lane. Prise par M.C., elle a été retouchée entièrement par mes soins (j’ai vaguement appris photoshop dans une autre vie). Voici, ci-dessous l’original.

Ce sera tout pour aujourd’hui, bon weekend à tous!

Lost in Laneways

I promised it, so here it is.
Don’t hold your breath, the choice of my new blog title isn’t very mysterious or special, but it could well be that the post will turn into the story of my life.
So, the title is a contraction of “lost in translation” (the phrase, not the movie, although I love the movie) and laneways (incredible, eh?)

Lost in translation is a reference to my life as an expat (it has been over 5 ½ years already) and passion for languages. When I was a little girl, the first thing I did when I received a postcard from a girlfriend was to mentally correct all her spelling mistakes! Then I learnt English and took it to heart to speak & write it as perfectly as I could and (almost) without an accent. Then I studied German, Spanish & Dutch but haven’t gone very far with these.
During my 3 ½ years in Amsterdam, I successively worked for a Japanese, Dutch and American (ad) agency and had colleagues from over 15 nationalities. In this context, the phrase “lost in translation” makes total sense. I don’t think it would have been messier in the tower of Babel. Picture this. Me speaking English on the phone to a German client, next to an Italian colleague speaking Italian to a Swiss, two Dutchies talking very loudly and three Poms making silly jokes that Americans do not understand. All this in a space smaller than my living room! I could tell you endless stories of serious misunderstandings that happen when people from different nationalities are trying to make decisions in a language that is not theirs!
But lost in translation is also this: as time went by, English took over my mother tongue. It’s been a long time since I’ve thought & dreamt in French (besides of course, when I’m working/writing in French). But the most embarrassing thing is when I’m on the phone to my mum or a girlfriend and they do not understand what I’m saying. Why is that? Because out of frustration for not finding the correct word in French, I unconsciously say an English phrase, either with a fake French accent or shamelessly translated it into something that means absolutely nothing in French.
Anyway, I could talk about languages all night, but I guess you have already fallen asleep, so let’s move on to the laneways.
As you know, they are a Melbourne landmark. I love how some of them have such quirky names, like ACDC Lane!
So this is a wink to my adoptive city but there’s more; as you can imagine, living about 20,000 kilometres from France, I sometimes feel a little disconnected from my origins and from the French blogosphere (I have been a blogger for over 3 years now) and I found myself a bit limited in terms of blogging subjects. That is why I started translating my blog. I’d like to talk about Melbourne a bit more, about my favourite places etc. and I didn’t think there would be too much interest from my French readers…
Ok, one last thing, even though I never literally got lost in the laneways (how could you!) I assume many expats would know the “handicaped” feeling you can experience when you have just moved to a new country/city. I have experienced in both Amsterdam and Melbourne, the feeling that even the most random task (like finding a bakery or the right tram to go somewhere) can become a real challenge when you don’t know the city you’re in. I spent entire hours trying to get to a pub that was 10 minutes away, or running a simple errand. Hence the feeling of getting lost very often!
There you have it, the story behind the title (some of my readers had asked).

A few words on the banner. It’s been shot in a laneway (no kidding!), probably the most popular, Hosier Lane. Shot by M.C., retouched by myself (I vaguely learnt photoshop in a past life). Above is the raw shot.
That’s it for today, have a great weekend!